Si vous me demandez quel est le plus beau mois pour se marier dans le Gard, je vous répondrai juin sans hésiter — et je sais que je vais à l'encontre de l'intuition de septembre. Septembre est plus stable, plus mûr, plus photogénique. Mais juin a quelque chose qu'aucun autre mois n'a : la collision. Toutes les fleurs y sont en même temps, les premières comme les dernières, et c'est ce chevauchement qui fait des bouquets riches sans avoir l'air composés.
Concrètement : les pivoines finissent leur saison la première quinzaine. Si vous vous mariez le 5 juin, vous pouvez encore en avoir ; le 25, c'est terminé pour cette année. À la place, on bascule vers les roses anciennes — Pierre de Ronsard, Generosa, Reine des Violettes — qui sont à leur plus belle. Les renoncules, elles, ont disparu depuis avril ; on les remplace par des lisianthus à frou-frou qui font le même office.
Les fleurs de juin que je préfère travailler : l'achillée dans toutes ses couleurs (terre cuite, blanche, jaune paille), la scabieuse qui apporte du violet doux, l'ammi majus pour la légèreté en dentelle, la nigelle bleu d'orage, le lisianthus double, et bien sûr les premières dahlias qui pointent fin du mois chez Mathilde, à Lussan.
Côté feuillages, juin est généreux : olivier qui repart, eucalyptus en pousse claire, immortelles encore vertes, romarin en fleur, monnaie-du-pape, sarriette. Tout ça pousse à dix kilomètres de la boutique. Pour un bouquet de mariée, on peut tenir quatre à cinq feuillages différents sans que ça devienne illisible.
Le piège de juin : la chaleur. Une composition de table montée à 9h et exposée plein sud à 14h ne tient pas. On adapte les fleurs (pas de pivoine ouverte, pas de cosmos), on prévoit des contenants assez profonds, on installe le plus tard possible. Et on demande aux mariés de prévenir l'équipe du domaine de ne pas oublier de remplir les vases d'eau si la cérémonie traîne en longueur.
Pour le reste, juin se travaille comme on aimerait que tous les mois se travaillent : avec un coup d'œil au ciel le matin et une marge de manœuvre dans la commande.