Carnet d'un mariage aux Tourelles.

Soixante invités, un domaine en Cévennes, une mariée qui ne voulait surtout pas de blanc. Notes d'une journée préparée pendant huit mois.

Marie m'a écrit en juin pour un mariage prévu en septembre, l'année suivante. Quinze mois d'avance. C'est très long pour un fleuriste — on s'engage rarement aussi tôt sans connaître la saison réelle. J'ai accepté parce qu'elle a écrit, dans son premier email : « je ne veux pas de blanc, je veux la fin de l'été ». Cette phrase ne décrit pas un budget, ne décrit pas un style ; elle décrit une intention. C'est le genre de point de départ qui me met au travail.

Le domaine des Tourelles se trouve au-dessus d'Anduze, à une heure de route. Vieille bâtisse en pierre, terrasse en surplomb, jardin un peu sec, beaucoup de chêne vert. Repérage en mai : j'ai noté la lumière (dure à 14h, magnifique à 18h), le vent dominant, la couleur exacte des pierres (un beige presque rose, à oublier dans une palette qui le concurrencerait). Marie voulait du chaud : terre cuite, brique, ocre, bordeaux profond. Pour la fin de l'été en Cévennes, ce n'était pas un caprice — c'était cohérent.

Nous avons construit la commande en trois temps : la cérémonie laïque (arche d'olivier sec, dahlias rouge sombre, eucalyptus argenté, statices ocre), le cocktail sous les tilleuls (cinq grands vases en grès rempli de cosmos chocolat, d'achillée séchée, de panicaut bleu profond), et la grande tablée de soixante couverts (une chemin de table allongé sur seize mètres, en alternance de fruits — figues, raisin muscat — et de fleurs).

Trois jours avant, panique : un de mes producteurs annonce qu'il ne pourra pas livrer ses dahlias chocolat à cause d'un orage. Ce n'est jamais grave si on est honnête tôt. J'ai appelé Marie le mercredi soir, j'ai expliqué, et nous avons décidé ensemble de basculer vers du dahlia bordeaux velours d'un autre producteur, plus profond mais moins terreux. Le résultat a été plus dramatique que prévu. C'était très bien.

Le samedi, installation à 8h, finitions jusqu'à midi, départ à 13h. Le lundi matin, retour pour démontage. Marie m'a envoyé un message en fin de journée : « j'ai eu peur que ce soit trop sombre. Ce n'était pas trop sombre. » C'est, en six mots, le résumé que j'aurais voulu pouvoir écrire moi-même.

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